Tournoi de foot en soutien au collectif les 8 et 9 juin 2019

Tournoi organisé par Footwapadmoi, un groupe de personnes qui se retrouve chaque semaine pour faire du foot en autogestion depuis 2 ans et Le Bocal, un lieu féministe et queer* autogéré. (Plus d’infos sur facebook)

Pour cette deuxième édition, l’ événement se fera en soutien au collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye.

L’ enjeu de ce tournoi n’ est pas la compétition mais un moment où l’ on partage du jeu, du fun, des ballons, avec une diversité de genTEs et de niveaux, de débutantEs à plus expérimentéEs, tout le monde est bienvenuE ! Il n’ y aura ni vainqueurEs ni perdantEs, ni coupes ni podium. Viens seulE ou en groupe, quand tu veux sur ces 2 jours.

Cette année, l’ arbitrage des matchs sera pris en charge par les participantEs qui le souhaitent. Il y aura 2 arbitres par match.

RAPPEL DES RÈGLES :
– la règle du hors-jeu ne sera pas appliquée.
– le contact fait parti du jeu et nous souhaitons qu’ il existe pendant le tournoi MAIS il est important que l’ intensité des contacts soit mesurée. À chacunE de faire attention aux autres joueurs et joueuses. On est pas là pour se la péter ni pour s’ abîmer !!!

Échauffement collectif le samedi et échauffement dansé le dimanche pour celles et ceux qui le souhaitent !

Bouffe à prix libre                      Caravane sauna                      Hébergement possible

N’ OUBLIE PAS TA TENUE, TES PAILLETTES
ET TES CRAMPONS AVEC OU SANS TALON !!!!

Inscription avant le 30 mai 2019

Lieu : Stade de l’ Écluse du Comté – rue Jules Vallès – RENNES

Contact : footwapadmoi@riseup.net

*Queer : mot anglais voulant dire bizarre. Utilisé pour insulter les gays, bies, trans, lesbiennes, intersexes, non binaires… Ce terme à l’origine stigmatisant est aujourd’hui réutilisé pour se définir en positif. Nous l’utilisons ici pour regrouper les différentes identités et groupes opprimés liés au genre, au sexe, ou à l’orientation sexuelle et romantique.

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Commémoration de la mort de Malik Oussekine à l’université Rennes 2

Mardi 5 mars 2019 est inaugurée une plaque en hommage à Malik Oussekine à l’université de Rennes 2.
Comme à chaque événement qui commémore l’un des nôtres assassiné par la police, le Collectif Justice et Vérité pour Babacar est présent aux côtés de la famille Oussekine pour lui rendre hommage.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, à Paris, Malik Oussekine, étudiant franco-algérien de 22 ans, sort d’un club. Il est pris en chasse par deux policiers du Peloton voltigeur motoporté, mobilisés pour disperser une manifestation étudiante à laquelle il ne prenait pas part. Il essaye de fuir en se réfugiant dans un hall d’immeuble. Les policiers le rattrapent, se jettent sur Malik et le frappent avec une violence inouïe. Les coups de pieds et de matraques pleuvent. Puis, ils partent, le laissant ainsi. Les sauveteurs du SAMU ne parviennent pas à le réanimer. Malik Oussekine meurt peu de temps après à l’hôpital Cochin. En janvier 1990, les policiers sont condamnés à des peines de prisons avec sursis.

Cette même nuit, à Pantin, un autre jeune homme français d’origine algérienne de 19 ans, Abdel Benyahia, tente de s’interposer lors d’une bagarre. Un policier qui n’est pas en service fait usage de son arme sans sommation. Abdel meurt sur le coup d’une balle en plein cœur.

Quelques 29 ans plus tard, dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, dans le quartier de Maurepas à Rennes, Babacar Gueye, un sénégalais de 27 ans, passe la soirée chez des amis. Dans la nuit, pris d’une crise d’angoisse, il s’auto-mutile avec un petit couteau de cuisine. Son ami appelle les pompiers en espérant une prise en charge médicale. Mais ce sont 8 policiers qui arrivent. Le taser d’un des 4 membres de la Brigade Anti Criminalité s’enraye. L’intervention policière accentue sa panique. Un policier de la BAC sort son arme et tire à 5 reprises sur Babacar. Deux balles sont mortelles. Babacar Gueye s’effondre. Il est menotté et finit d’agoniser à même le sol. Dans la matinée du 3 décembre, le policier qui a tué Babacar porte plainte contre lui pour tentative d’assassinat. La première plainte d’Awa est classée sans suite par le procureur qui considère le policier en état de légitime défense. Quinze mois plus tard, la famille obtient l’ouverture d’une enquête qui est toujours en cours d’instruction.

Quelles leçons tirer de ces affaires ?

Que la trentaine d’années qui les sépare n’a pas vu la violence raciste de la police diminuer. Que les policiers continuent de traquer, mutiler, violer et tuer des personnes (entre 15 et 20 meurtres par an) qui sont, pour une écrasante majorité d’entre elles, des hommes non-blancs. Que les crimes policiers ne sont pas des bavures, mais s’inscrivent plutôt dans une logique étatique de mise au pas des populations non blanches. Que les victimes sont toujours criminalisées pour tenter de justifier leur mise à mort. Que la longueur des procédures, les pressions subies et la quasi-systématique absence de peines pour les policiers finissent d’aggraver la souffrance et le déni de justice que vivent les familles de victimes. Que la police reste toujours impunie grâce à la complicité de l’appareil de l’état.

Pour toutes ces raisons, le Collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye, qui s’est constitué autour de sa sœur, Awa Gueye, est présent pour l’inauguration de la plaque en hommage à Malik. Pour honorer sa mémoire, pour réaffirmer que nous n’oublierons jamais, mais aussi pour apporter notre soutien aux familles de victimes d’agressions et de crimes policiers, qui sont ou ont été engagées dans un combat juridique long et éprouvant.

Force à la famille de Malik Oussekine et à celle de Théo Luhaka qui sera présente ce jour la aussi.

Notre présence est nécessaire, car nous menons, à Rennes, un combat contre ce racisme politique, qui permet de torturer et de tuer ces personnes dont la vie compte moins, qui autorise le viol de Théo et la mise à mort par la police de Malik, de Babacar, de Wissam, de Lamine, d’Abou, d’Angelo, d’Amine, d’Aboubacar, de Gaye, de Houcine, d’Abdel, de Zyed, de Mourad, de Bouna, d’Ali,… la liste des morts est bien trop longue pour tous les nommer. Egalement car nous dénonçons toute forme de violences policières, comme celle qu’a subie Jean-François Martin, éborgné à Rennes lors des manifestations contre la loi travail en 2016.

La lutte doit continuer, c’est pour cela que le Collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye appelle à converger le samedi 16 mars à Paris, pour marcher contre les violences policières et le racisme d’État. Aux côtés de celles et ceux qui subissent ses violences au quotidien, des familles de victimes d’assassinat policier et des personnes exilées qui luttent sans répit contre toutes les oppressions qui les impactent au quotidien, pour la justice, la dignité, pour la vie.

Le 1er décembre à Rennes, Paris, Angers, Lyon, Marseille …

 

Dans la nuit du 3 décembre 2015, Babacar a été tué de 5 balles dans le corps par un membre de la Brigade Anti-Criminalité (BAC) de Rennes alors qu’il était chez des amis. Vers 4h du matin, Babacar a eu une crise d’angoisse, et son ami a appelé les secours afin de pouvoir le prendre en charge. Sauf que cette nuit-là, ce sont 8 policiers qui arrivent dont 4 agents de la BAC, armés de tasers, de matraques télescopiques et d’armes létales, et qui interviennent.a

 

Aujourd’hui, toujours en lutte

Depuis, notre Collectif Justice et Vérité pour Babacar s’est constitué autour de sa sœur, Awa, avec des proches et des soutiens. Des zones d’ombres et des incompréhensions subsistent depuis la mort de Babacar. L’instruction judiciaire n’évoluant pas, et face à l’inefficacité des deux précédents avocats, Awa décide de nommer une nouvelle avocate. Grâce à Maître Tenier, de nouveaux éléments d’enquête ont pu être demandés auprès de la Juge d’instruction. Nous attendons maintenant les conclusions de l’enquête.

 

Nos objectifs

Si nous appelons chaque début du mois de décembre à nous réunir, c’est pour se souvenir, et lutter. Les deux ne sont pas opposés. On lutte pour ne pas oublier : se souvenir c’est déjà résister à l’écrasement face aux institutions et à la propagande médiatique. Chaque événement est l’occasion de raviver la mémoire collective autour de Babacar et de rappeler qui sont les coupables – qui n’étaient pas en état de légitime défense. C’est aussi pour nous et nos soutiens, ami·es, proches, camarades de luttes, l’occasion de nous réunir et de nous renforcer dans cette lutte de longue haleine, alors que l’enquête est toujours en cours. Enfin, c’est une occasion de plus de porter un message politique clair : ce crime n’est ni anodin ni le fruit du hasard, il est à appréhender comme une illustration du racisme systémique et du rôle de la police. Cette année, nous avons pris la décision d’ancrer notre événement annuel de début décembre dans le quartier où Babacar a été tué. Quartier populaire où les violences policières, les inégalités raciales et sociales sont vécues quotidiennement.

 

Comme beaucoup d’entre vous le savent, le vendredi 30 novembre et le samedi 1er décembre 2018 sont deux jours particuliers cette année. Le vendredi correspond à l’appel du Collectif Rosa Parks à disparaître des lieux d’étude, de consommation, des réseaux sociaux, des lieux de travail… Le samedi 1er, ce même collectif appelle à réapparaître, « plus beaux, plus visibles, plus déterminés que jamais pour exprimer et réaliser nos espoirs de justice et surtout notre refus absolu des inégalités, des humiliations et des guerres, qu’elles soient menées ici contre une partie de la population ou à l’étranger. »

 

A Rennes le 1er décembre, un événement régional pour Babacar et pour résister ensemble

Nous pensons que nos combats se rejoignent et bien plus encore vu que nous sommes dans le même bateau. Ainsi, pour concilier ces événements, nous proposons que les collectifs, personnes, groupes qui sont signataires de cet appel, viennent nous rejoindre à Rennes pour en faire un évènement régional de l’ouest et se solidarisent concrètement autour du combat d’Awa Gueye pour son frère. Donnons-nous les moyens d’apparaître à la fois à Paris et à Rennes, et dans toutes les villes où des événements auront lieu.

Etat d’urgence et violences policières

Appel du collectif Rosa Parks

Justice ou rien!

 

Nous, habitants des quartiers populaires, noirs, arabes et rroms, pleurons, et comptons chaque année ceux que la police a soustrait à la vie. Depuis plus de 40 ans, nous poursuivons le combat de nos anciens, mus par une dignité inflexible. Dans nos quartiers et au-delà des barres d’immeubles nous hurlons que nous ne voulons pas être construits par l’Etat, comme ennemis de l’intérieur, mais qui entend ? Nous refusons que l’on nous déshumanise pour légitimer la guerre que l’on nous mène dans nos banlieues à l’image de celles qu’ils mènent contre les banlieues du Monde. Nous dénonçons les coups de menton des politicards qui en votant dans une majorité écrasante la présomption de légitime défense pour les policiers ouvrent la chasse avec davantage de décharges d’adrénaline et d’armes qui tuent et mutilent.

Nous ne voulons pas de leur Flash Ball, ou du Lanceur à Balles soit disant « Défensives », qui projetées à plus de 330 km/h ont explosé en trois morceaux distincts le testicule d’un adolescent de 15 ans à Argenteuil.

Nous ne voulons pas du Taser, qui a arrêté le cœur de  Mahmadou Maréga, un soir d’automne, après avoir reçu deux décharges de 50 000 Volts.

Nous ne voulons pas de vos balles qui une fois dans le corps, provoquent une onde de choc qui détruit les organes et écrase tous les horizons, toutes les promesses du temps. Ce corps, c’était celui d’Amine Bentounsi, un Arabe, d’Abdoulaye Camara, un Noir, d’Angélo Garand que les gens du voyage pleurent encore.

Nous ne voulons plus de vos grenades de désencerclement ou de vos grenades offensives depuis que Rémy Fraisse n’est plus et que le poing levé d’un zadiste a été arraché.

Et même une simple matraque dans la main de la police devient un instrument de viol, et quoi que dira la justice, Théo Luhaka sait que dans le regard porté sur lui par tous les jeunes des quartiers, il trouvera les larmes de solidarité. Il trouvera la rage de l’indigné.

Et enfin, nous ne voulons plus de ces soi-disant techniques d’immobilisation interdites dans tant de pays déjà, comme la technique de plaquage ventral ou de pliage qui a extirpé lentement, dans une douleur atroce, le dernier souffle de vie des poumons de Lamine Dieng, 25 ans, d’Adama Traoré, 24 ans, d’Ali Ziri, 69 ans.

Ils nous manquent, Amadou Koumé, Hocine Bourras, Wissam El Yamni,  Liu Shaoyu, Babacar Gueye, Morad Touat, Lahoucine Ait-Omghar et tant d’autres ne sont plus que des photos sur un meuble, des souvenirs que les larmes caressent, et des noms sur des banderoles.

Pour tout vous dire, nous ne voulons pas davantage d’une justice qui acquitte ces policiers et qui ose même retourner l’accusation contre les familles de victimes.

Ce sont eux ces morts et ces vivants mutilés qui à cet instant nous convoquent. Ils vous disent, que la police est structurellement raciste, que l’Etat Français a été condamné pour contrôle au faciès, cette cérémonie de dégradation, sans que rien ne change. Ils vous disent que si les quartiers populaires sont un poste avancé des violences policières, celles-ci finissent aussi par s’exercer sur l’ensemble de la population, notamment jeune, qui conteste cet ordre néo-libéral.

Le 30 novembre 2018, contre le racisme et les inégalités sociales, on disparaît de nos lieux de travail, de nos facs, de nos écoles, des réseaux sociaux, des lieux de consommation.

Et le 1er décembre,on réapparaît sur toutes les grandes places des villes, pour exiger Egalité et Dignité pour tous et toutes.

INITIATEURS ET SOUTIENS

Initiateurs : AMDH Paris, ATMF, BAN, Chapelle Debout, Collectif Sans Papiers 75, Collectif pour l’Union Antiraciste et Populaire, Fondation Frantz Fanon, Foul Express, FUIQP, PIR, UJFP, UNPA, Collectifs contre les violences policières  pour Ali Ziri, Angelo Garand, Wissam El Yamni, Amadou Koumé, Amine Bentounsi, Babacar Gueye, Palestine Vaincra – Comité anti impérialiste, Collectif Stop le Contrôle au Faciès, Syndicat des quartiers populaires de Marseille, Collectif 17 Octobre 1961 Banlieue Nord/Ouest.

Soutiens : Union Nationale des Lycéens (UNL), CGT de la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, Collectif Ni guerres Ni état de guerre, Marche des solidarités, Survie, Paroles d’Honneur, Mizane.info, CRLDTH, UTAC (Union des Tunisiens pour l’Action Citoyenne), DIN (Decolonial International Network), FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec tou-te-s les Immigré-e-s), MNCP (Mouvement National des Chômeurs et Précaires), Act Up, ATTAC, Collectif ACIDE (Agir Contre les Inégalités et les Discriminations Ethno-raciales), Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie, Collectif AUSAR, Collectif Faty Koumba, Collectif « Comité des fêtes – la fête à Macron, AFA Paris Banlieue, Association Culturelle des Travailleurs Immigrés de Turquie (ACTIT), Droits Devants, Panthères des Ministères, Organisation de la Jeunesse Afrodescendante de Lyon (OJAL).

100% nous

Article publié dans le Passe-Muraille #74, revue du Genepi.

Le Passe-Murailles Revue du Genepi a donné la parole au Collectif Justice pour Babacar Gueye dont le dossier de ce numéro est « Racisme d’etat – Dominations & Résistances »

Vous y retrouvez aussi le Collectif #JusticepourAngelo, Le blog de João, La vérité pour Adama, le MWASI – Collectif Afroféministe ….

Vous pouvez trouver l’intégralité des textes ici

 

 

Le Collectif Justice et Vérité pour Babacar existe depuis 2015. Comme tous les collectifs dont le nom commence par « Justice et Vérité » et suivis d’un prénom et souvent d’un nom de famille, il s’est constitué avec les proches d’un homme tué par la police. Son prénom est Babacar, son nom est Gueye, le collectif se réunit autour de sa sœur Awa qui mène le combat depuis maintenant trois ans.

Nous décidons d’écrire ce texte pour honorer la mémoire de Babacar, lui rendre hommage. Nous écrivons ce texte pour que son prénom ne soit jamais oublié. Le sien, comme celui de tous les autres tués par la police. Nous écrivons ce texte, aussi, pour montrer que le combat d’Awa, comme celui de toutes les familles, est un long et difficile combat contre les institutions.

C’était à Rennes, dans la nuit du 3 décembre 2015. Babacar Gueye a été tué par cinq balles tirées par un agent de la BAC de Rennes. Quand on aborde cette histoire, de sa vie et de sa mort, on est partagé entre raconter les détails et faire fi du contexte. En effet, à la fois cette histoire peut aider à comprendre le système tant elle est une illustration de ce que des milliers de personnes exilées de pays colonisés vivent en France. À la fois, on aimerait que la prise de conscience autour des violences policières ne soit pas dépendante de chaque situation.

Pour nous, l’histoire des meurtres policiers racistes sur le territoire métropolitain, dans le cadre du contrôle des quartiers populaires, de concentration des populations immigrées et ouvrières, a commencé depuis quarante ans environ, et les chiffres doivent nous percuter sans avoir besoin de détails. Quelles que soient les circonstances, on doit aborder cette réalité, qu’en France métropolitaine, des dizaines d’hommes sont tués par la police et ces hommes, quel que soit leur âge, sont en écrasante majorité des personnes noires, arabes, asiatiques, ou issues de la communauté des voyageurs. Se contenter de lire ces évènements uniquement sous le prisme de la classe, se contenter de dire que c’est parce qu’ils sont issus de familles et de quartiers pauvres, qu’ils vivent dans un milieu violent, où la vie et la survie passent parfois par des activités comprenant la confrontation avec la police, permet d’avoir une lecture qui peut masquer les conséquences du racisme d’État, celle qui entraine la mort de ces personnes non-blanches.

Notre lutte s’inscrit contre les violences policières racistes. Dans l’histoire de la vie de Babacar, la question de la santé mentale vient se surajouter aux autres, et il est nécessaire d’analyser tous les aspects de son histoire pour comprendre comment on en arrive à une quinzaine de morts par an en moyenne ces dernières années. En tant que jeune homme noir issu d’une colonie française – le Sénégal, il était arrivé sans papiers en France quelques mois auparavant. Ce parcours d’exil, pour fuir la précarité et tenter de connaître de meilleures conditions de vie, est comme souvent une épreuve de vulnérabilité. La migration forcée, ou la fuite d’une situation, n’est pas la même que la migration choisie pour, par exemple, « changer de pays » ou « travailler à l’étranger ». Cet exil forcé est un parcours plus que difficile, violent, humiliant, dégradant, sous le regard des pays occidentaux se prônant amies des droits humains… Sans rentrer dans les détails de la vie de Babacar, nous pouvons dire que sa santé mentale en était forcément bouleversée et dégradée durablement, si ce n’est pour toujours. C’est aussi un aspect de la colonisation que l’on ne peut nier : partir de son pays de naissance, parfois dans la précipitation, du fait de violences économiques ou de guerres – dont l’origine se situe généralement dans la domination occidentale actuelle ou dans l’histoire coloniale, implique inévitablement une surexposition à d’autres violences. Ces situations désespérées font que les personnes en exil sont sujettes à des états de faiblesse psychologique chronique, entraînant des dépressions, des états d’angoisse, des troubles du sommeil, des tentatives de suicide… Quand, une fois arrivé dans le pays de destination, il n’est pas possible, pour de multiples raisons, de trouver des soins psychologiques, les traumas vécus ont plus de chance de s’ancrer durablement et d’amener à l’isolement ainsi qu’à une forte fatigabilité psychologique et physique.

Ce soir-là, Babacar était perturbé et a commencé à se mutiler le corps avec un petit couteau. La police, dans son approche des hommes noirs, l’a appréhendé comme un danger pour elle, alors qu’il se faisait du mal à lui-même. Absence d’empathie, absence de volonté de compréhension, exotisation et mépris pour la vie des corps non-blancs, thèses et politiques racistes normalisées et banalisées, y compris dans les centres de formation des policiers, via les techniques de « contrôles évictions », commerce de la sécurité (caméras, armes, barrières…) permettent et justifient ces meurtres.

Quand ce n’est pas la traversée du désert, c’est la traversée de la Méditerranée, quand ce ne sont pas des membres de la police, ce sont les matons, quand ce n’est pas le manque de soins dû à la précarité, ce sont les suicides… voilà comment l’action prolongée des frontières a un impact bien plus étendu dans le temps et dans l’espace que la simple démarcation administrative que l’on peut voir sur nos cartes. L’accumulation de stress, la menace des expulsions, le quadrillage policier des quartiers populaires, les groupes d’extrême-droite qui circulent en Méditerranée ou à la frontière franco-italienne, voilà autant de prolongement de ce que l’on réduit souvent à une séparation symbolique entre deux pays. Symbole qui se matérialise de plus en plus, tant les contrôles aux frontières se renforcent, avec la loi Asile Immigration, les expulsions, l’augmentation du budget concernant les frontières, les accords passés avec la Libye, l’Algérie ou encore la Turquie pour « contenir » des milliers d’exilés comme pour faire disparaître un problème en le cachant.

Chaque début du mois de décembre, autour du 3, le collectif appelle à un événement à l’occasion de la date anniversaire de la mort de Babacar. Un événement pour y repenser, raviver la mémoire collective et pour lutter contre ce système de violences racistes qui alimente et renforce le système capitaliste, lui-même basé sur des inégalités nécessaires à sa propre survie, menant de ce fait à la mort d’êtres humains du fait de leur appartenance à tel groupe social et/ou à la classe des exploités. Rappelons-nous, et faisons en sorte que nous n’ayons pas à nous rappeler d’autres personnes pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles ce collectif existe.

Nous pensons que les initiatives de rue, comme les manifestations et les rassemblements, peuvent attirer un public plutôt militant et déjà convaincu que ces violences font système. Aujourd’hui, nous pensons qu’il est primordial de se connecter avec d’autres personnes qui ont subi, subissent et subiront des violences policières du fait de leur lieu d’habitation, de leur couleur de peau, de leurs liens réels ou supposés avec l’islam. Pour cela, implanter ses événements dans les quartiers où ces violences prennent place paraît logique. Cependant, nous devons penser la forme pour éviter la facilité d’une recette qui ne fonctionnerait qu’auprès des étudiant·es, des universitaires et des réseaux militants que l’on connaît, et réfléchir aux moyens que nous devons nous donner pour créer ces rencontres.

Projections, concerts, tournois de foot ou de boxe, micro-trottoir, permanence dans les PMU ou en bas des immeubles, affiches traduites en différentes langues, porte-à-porte, appel à témoignages : ce sont des recettes déjà expérimentées par d’autres groupes et collectifs, et qui ont, petit à petit, été oubliées. Nous pensons qu’il faut y revenir pour que l’articulation entre différentes communautés d’intérêt, entre différents milieux politiques et sociaux, associatifs et culturels, religieux et sportifs, commencent à s’entreaider, à s’autonomiser vis-à-vis du pouvoir, à s’émanciper et à garder tout le monde en vie dans lesdites communautés.

La tâche à accomplir est certainement rude et nous prendra du temps. Nous n’avons pas la prétention d’appliquer une formule parfaite. Cependant, à l’heure actuelle, alors qu’un nouveau meurtre a été perpétré par un membre du GIGN dans le nord de la France, sur un voyageur de 24 ans, le nombre de morts par année ne diminue pas, au contraire. Prendre des risques, c’est tenter de sortir de l’isolement. Et c’est lutter partout, dans toutes les villes, dans tous les quartiers, comme acte préventif avant-même qu’il y ait un mort. Cette année, nous vous donnons rendez-vous le 1er décembre à Maurepas, dans le quartier où il a été assassiné par la police pour rappeler que la police armée et équipée qui tire à balle réelle, ce n’est pas de la légitime défense, et que Babacar devrait être en vie aujourd’hui.

Hommage à toutes les personnes assassinées.

Force à toutes les familles et les proches.

Le Collectif Justice et Vérité pour Babacar

30 mai 2018 : appel du Collectif au rassemblement pour Maxime, contre les grenades !

Le Collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye tient à relayer l’appel à se rassembler dans toutes les villes pour Maxime ainsi que pour la suppression des grenades.

Il est urgent pour nous tou.te.s de nous rendre au rassemblement à Rennes, ce mercredi 30 mai 2018 à 18h Place de la Mairie.

En effet, Maxime, étudiant de 21 ans étudiant à Lille, a eu la main littéralement arrachée par l’explosion d’une grenade, tirée par les forces de l’ordre à la ZAD.

De son côté, Babacar a été tué dans le quartier de Maurepas à Rennes, où il était arrivé peu de temps auparavant, après avoir quitté le Sénégal et être passé par le Maroc et l’Espagne. Il avait 27 ans, il était noir, sans-papiers et vivait donc sous la pression d’un contrôle permanent, du profilage racial et des difficultés matérielles. La BAC de Rennes l’a tué le 3 décembre 2015 de 5 balles dans le corps. Son histoire malheureusement banale se trouve au croisement de multiples rapports de domination et d’exploitation.

La tragédie de Maxime a été rendue possible par ces logiques meurtrières qui voudraient justifier l’usage des armes contre des populations civiles mais aussi par l’absence de réactions massives face aux morts de Babacar et de tous les autres. Elle nous rappelle que le présent serait bien différent sans ces armes qui humilient, blessent, mutilent et tuent.

Dans l’histoire de la France, les quartiers des personnes précaires et principalement non blanches sont des terrains d’entrainement et d’expérimentation pour la police, en toute impunité, permettant à la police d’étendre son champs d’application à l’ensemble de la population représentant une menace pour l’ordre dominant de la société.

C’est pourquoi le Collectif Vérité et Justice pour Babacar souhaite être complice de toutes les initiatives dénonçant toutes les formes de racisme d’Etat et de violences policières faites aux personnes non blanches, aux exilé.es, aux militant.es, aux syndicalistes, aux grévistes, aux zadistes, aux étudiant.es…
Nous sommes solidaires de tou.te.s cell.eux qui subissent l’oppression d’un ordre impérialiste, colonialiste et raciste, comme nous sommes solidaires de tou.te.s cell.eux qui subissent la répression de cet ordre capitaliste et patriarcal.
Nous, les victimes de cette barbarie moderne, appelons à y résister ensemble.

Tout comme les collectifs signataires de cet appel, nous rappelons qu’une arme reste une arme.
Pour nous, aucun de leurs arguments ne justifiera l’utilisation des grenades et autres armes létales par la police, ni l’occupation militaire de nos quartiers ou de nos ZAD.

Il est urgent pour nous tou.te.s de nous rendre au rassemblement à Rennes, ce mercredi 30 mai 2018 à 18h Place de la Mairie.

L’appel national : https://zad.nadir.org/spip.php?article5908

2 décembre 2017: 2è marche commémorative pour Babacar

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Avant que ça vous arrive vous pensez que ça ne vous arrivera jamais

Quand ça vous arrive, vous n’y croyez pas

Quand ça vous est arrivé, vous entrez dans une réalité que vous n’auriez jamais dû connaître

STOP AUX VIOLENCES ET AUX CRIMES POLICIERS

3 décembre 2015 : 4h du matin dans un immeuble de Maurepas à Rennes. Une crise d’angoisse, un appel aux secours. 8 policiers arrivent dont 4 agents de la BAC, armés d’un taser, de deux matraques téléscopiques et d’armes létales. En quelques minutes, Babacar Gueye, en pleine crise d’angoisse se mutile avec un couteau,et meurt sous les balles d’un agent de la BAC. 5 au total. Cela fait 2 ans. 2 ans que ceux qui connaissaient Babacar et qui l’aimaient ont rejoint le douloureux combat des familles de victimes de crimes policiers. Babacar avait 27 ans et la vie devant lui.

Ceux qui le connaissaient se souviennent de son sourire, de son rire, de sa sensibilité, de sa bonté, de son amour de l’autre.

Ils savent que si Babacar est mort, c’est parce qu’il était noir, et ils se posent la question : si tout cela s’était passé dans le quartier du Thabor et non dans un des quartiers les plus pauvres de la France hexagonale, que se serait-il passé ?

Ils savent que cette société, où la police tue chaque année 10 à 15 jeunes noirs, arabes et autres non-blancs, ils n’en veulent pas.

Ils savent que personne ne mérite de mourir sous les balles de la police.

Personne.

Ils savent que trop de frères, fils, pères, maris, oncles, neveux, cousins, amis partent trop tôt sans que justice soit faite.

Ils savent qu’aujourd’hui, tout le monde est concerné, car c’est le problème de la société toute entière.

Aujourd’hui, la famille et les amis de Babacar ne lâchent rien. Après 15 longs mois d’attente et la négligence de l’ancien avocat, une enquête a été ouverte en mars dernier.

FACE A LA MORT NOUS SOMMES IMPUISSANTS.

FACE A L’INJUSTICE NOUS SOMMES DÉTERMINÉS

ON N’OUBLIE PAS ON NE PARDONNE PAS

 

Soirée projection « Les coups de leurs privilèges »

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Le film documentaire « Les coups de leurs privilèges » est sorti en février 2017. Il tourne actuellement un peu partout en France. La soirée sera à prix libre pour aider le collectif à inviter les producteurs de Va Te Faire Intégrer et à projeter le film. La cantine et les stands seront également un moyen de soutenir la démarche.

 

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Merci pour vos soutiens

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Awa Gueye, Marche pour la justice et la dignité, 19 mars 2017, place de la République, Paris

Régulièrement nous recevons des messages de soutien sur facebook, des invitations à des tables rondes, à des concerts, à des meeting. Des crayons, des micros, des plumes, des guitares, des appareils photos s’intéressent à ce nom qui leur est devenu tristement familier. Quotidiennement nos publications sur les réseaux sociaux sont partagées, qu’elles concernent directement Babacar ou qu’elles dépassent l’affaire.

Aujourd’hui, par ce modeste texte, nous souhaitons remercier toutes celles et ceux qui de près ou de loin, dans leur canapé ou dans la rue, un verre ou une pancarte à la main, nous donnent le courage de continuer à nous battre et renforcent notre conviction que notre combat est juste et incompressible.

Pour nous, proches de victimes, l’affaire de Babacar, comme celle de toutes les autres victimes, n’est pas seulement du passé. Elle est aussi notre présent et notre avenir. Notre combat s’écrit au quotidien et les espoirs et soulagements sont rares et fragiles. Nous nous souvenons encore du nom de Babacar résonnant entre les tours du cours Kennedy lors de la manifestation du 11 mars en soutien à Théo Luhaka. Ces moments, rares et précieux, nous gonflent pour des jours voire des semaines. A Rennes, ce nom résonnait enfin.

Nous ne nous dissocions pas des autres luttes cristallisées dans la seule personne de Babacar : celle contre les violences policières certes, mais aussi contre les violences faites aux personnes en souffrance psychologique, le combat des racisé.e.s, des sans-papiers et pour l’accueil des migrants, des problématiques des « quartiers », des injustices de classe… Nous manquons encore de contacts sur bien des sujets, d’expérience aussi, mais d’envie et d’énergie nous regorgeons.

 

Depuis la marche commémorative du 3 décembre 2016 et plus dernièrement à travers la marche du 19 mars, nous avons créé des contacts sur Rennes et au-delà, tissé des liens pérennes avec d’autres familles qui nous montrent le chemin par leurs expériences et leur détermination. Leurs graines commencent à donner des fruits ; les nôtres, que nous  sèmerons ensemble, en donneront tout autant.

PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX !

100 portraits contre l’état policier, Cases Rebelles

Il n’y a sans doute pas assez de mots pour exprimer nos sentiments devant l’ouvrage du collectif nantais Cases Rebelles. Un simple merci ne suffirait pas. Sortir nos morts de l’oubli est sans doute le combat le plus lourd à porter, au delà du judiciaire, pour des familles et des proches endeuillés. Alors, nous souhaitons longue vie au collectif et un grand merci pour ce travail de longue haleine et imprégné d’amour et de solidarité.

Voici un extrait de leur interview :

« L’oubli permet qu’il n’y ait que des accidents en lieu et place d’une violence systémique qui rejoue l’innocence à chacune des occurrences .

Nous avons voulu à travers le dessin représenter ces âmes de leur vivant. Nous avons pensé les résumés comme autant d’encouragements à en apprendre plus, à faire des recherches, à transmettre. Que ces soifs d’en savoir plus, de creuser, amendent les multiples injustices des versions officielles et de leurs tribunaux. Et que cela génère de la force pour tous les combats en cours.

[…]

Chacune de ces victimes mériterait un livre et une contre-enquête.

[…]

Il ne s’agit pas d’icônes ou de héros mais des figures incontournables des luttes pour un monde plus juste.

Ces portraits réaffirment aussi le caractère sacré de la vie, bafoué par la mort brutale. Ces vies volées ne sont pas seulement les symptômes d’une violence d’État :

il s’agit d’individu·es qui avaient des rêves. Des personnes sensibles qui étaient aimables et aimées. Et ces morts auraient pu être évitées.« 

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Pour se procurer le livre: sur leur site ou sur le site de l’éditeur

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