Soirée projection « Les coups de leurs privilèges »

Le film documentaire « Les coups de leurs privilèges » est sorti en février 2017. Il tourne actuellement un peu partout en France. La soirée sera à prix libre pour aider le collectif à inviter les producteurs de Va Te Faire Intégrer et à projeter le film. La cantine et les stands seront également un moyen de soutenir la démarche.

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Merci pour vos soutiens

Régulièrement nous recevons des messages de soutien sur facebook, des invitations à des tables rondes, à des concerts, à des meeting. Des crayons, des micros, des plumes, des guitares, des appareils photos s’intéressent à ce nom qui leur est devenu tristement familier. Quotidiennement nos publications sur les réseaux sociaux sont partagées, qu’elles concernent directement Babacar ou qu’elles dépassent l’affaire.

Aujourd’hui, par ce modeste texte, nous souhaitons remercier toutes celles et ceux qui de près ou de loin, dans leur canapé ou dans la rue, un verre ou une pancarte à la main, nous donnent le courage de continuer à nous battre et renforcent notre conviction que notre combat est juste et incompressible.

Pour nous, proches de victimes, l’affaire de Babacar, comme celle de toutes les autres victimes, n’est pas seulement du passé. Elle est aussi notre présent et notre avenir. Notre combat s’écrit au quotidien et les espoirs et soulagements sont rares et fragiles. Nous nous souvenons encore du nom de Babacar résonnant entre les tours du cours Kennedy lors de la manifestation du 11 mars en soutien à Théo Luhaka. Ces moments, rares et précieux, nous gonflent pour des jours voire des semaines. A Rennes, ce nom résonnait enfin.

Nous ne nous dissocions pas des autres luttes cristallisées dans la seule personne de Babacar : celle contre les violences policières certes, mais aussi contre les violences faites aux personnes en souffrance psychologique, le combat des racisé.e.s, des sans-papiers et pour l’accueil des migrants, des problématiques des « quartiers », des injustices de classe… Nous manquons encore de contacts sur bien des sujets, d’expérience aussi, mais d’envie et d’énergie nous regorgeons.

 

Depuis la marche commémorative du 3 décembre 2016 et plus dernièrement à travers la marche du 19 mars, nous avons créé des contacts sur Rennes et au-delà, tissé des liens pérennes avec d’autres familles qui nous montrent le chemin par leurs expériences et leur détermination. Leurs graines commencent à donner des fruits ; les nôtres, que nous  sèmerons ensemble, en donneront tout autant.

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Awa Gueye, Marche pour la justice et la dignité, 19 mars 2017, place de la République, Paris

PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX !

100 portraits contre l’état policier, Cases Rebelles

Il n’y a sans doute pas assez de mots pour exprimer nos sentiments devant l’ouvrage du collectif nantais Cases Rebelles. Un simple merci ne suffirait pas. Sortir nos morts de l’oubli est sans doute le combat le plus lourd à porter, au delà du judiciaire, pour des familles et des proches endeuillés. Alors, nous souhaitons longue vie au collectif et un grand merci pour ce travail de longue haleine et imprégné d’amour et de solidarité.

Extrait de leur interview :

« L’oubli permet qu’il n’y ait que des accidents en lieu et place d’une violence systémique qui rejoue l’innocence à chacune des occurrences .

Nous avons voulu à travers le dessin représenter ces âmes de leur vivant. Nous avons pensé les résumés comme autant d’encouragements à en apprendre plus, à faire des recherches, à transmettre. Que ces soifs d’en savoir plus, de creuser, amendent les multiples injustices des versions officielles et de leurs tribunaux. Et que cela génère de la force pour tous les combats en cours.

[…]

Chacune de ces victimes mériterait un livre et une contre-enquête.

[…]

Il ne s’agit pas d’icônes ou de héros mais des figures incontournables des luttes pour un monde plus juste.

Ces portraits réaffirment aussi le caractère sacré de la vie, bafoué par la mort brutale. Ces vies volées ne sont pas seulement les symptômes d’une violence d’État :

il s’agit d’individu·es qui avaient des rêves. Des personnes sensibles qui étaient aimables et aimées. Et ces morts auraient pu être évitées.« 

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Pour se procurer le livre: sur leur site ou sur le site de l’éditeur

A lire aussi l’interwiew sur Quartiers Libres

 

 

Contre le désir d’amnésie, le devoir de mémoire

 « Parce qu’avec ou sans justice,

l’oubli est sans conteste

un ultime et terrible préjudice »

Cases Rebelles, 100 Portraits contre l’Etat Policier,

Editions Syllepse, Paris 2017, 276 pages, 10 euros

Il est des manifestations qu’ils voudraient interdire

Hier, 3 décembre 2016, c’était à la marche commémorative pour Babacar qu’ils nous avaient défiés.

Hier, c’était Marine Le Pen et consorts qui voulaient l’interdiction des manifestations contre les violences policières.

Aujourd’hui 10 mars 2017, nous apprenons que c’est le préfet, Monsieur Christophe Mirmand, qui nous interdit de manifester. Nous craignions une nouvelle descente du GUD ou autres Ultras, mais ce sont des CRS dont nous devrons une nouvelle fois nous protéger. Gardiens de la paix ou forces de l’ordre?

Aujourd’hui 10 mars 2017 est une date historique: le policier Damien Saboundjian condamné en appel à 5 ans de prison avec sursis et 5 ans d’interdiction de port d’arme pour avoir tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos à Noisy-le-Sec en 2012. Victoire pour la famille Bentounsi, pour Amal. Espoir pour les autres familles qui réclament justice. Défaite pour le corps de la police qui ne s’attendait pas à ce verdict. Mais nous ne sommes pas dupes, 5 ans avec sursis, c’est trop peu. C’est injuste.

Nous n’appelons pas à la violence, nous n’appelons pas au calme. Nous appelons au droit fondamental de manifester et au refus de l’intimidation par les institutions sous couvert d’état d’urgence. Nous appelons à l’expression dans la rue d’un refus de pratiques contraires aux Droits de l’Homme, au refus du racisme ordinaire et systémique, au refus de la violence d’Etat, des mensonges et de l’impunité policière. Nous appelons au refus de l’état policier qu’ils veulent nous imposer. Nous réclamons notre droit à vivre libres.

Lors de la manifestation du 18 février en soutien à Théo, 5 personnes ont été interpelées: 2 risquent une amende pour port de foulards. Nous questionnons: si tel est le cas, pourquoi la police a-t-elle laissé défiler un groupe de supporters ultras le 27 janvier 2017, 1h durant, alors que la préfecture avait interdit le déplacement des supporters nantais ? Pourquoi les policiers n’ont interpelé personne lors du second défilé du GUD samedi dernier alors que certains portaient casques, lunettes de piscine et cagoules ?

Suite à cette manifestation, nous avions posté un message sur notre page facebook où nous rappelions notre devoir de protéger les plus vulnérables. Nous souhaitions rappeler la responsabilité que nous avons les uns envers les autres. Nous souhaitions que nous, manifestants, aillions au devant de ces interpellations pour ne pas leur laisser le plaisir d’embarquer ces proies faciles et de remplir les quotats.  Monsieur le Préfet, lorsque vous interdisez la manifestation parce « que des collectifs ou associations appellent à empêcher les interpellations sur cette manifestation », êtes-vous en train de penser que nous faisons l’éloge de la violence ?

Il est des actes qu’ils aimeraient nous faire oublier

La semaine dernière, une peinture monochrome a une nouvelle fois recouvert le tristement célèbre « hommage à Babacar ». Simple ravalement de façade ou désir d’amnésie? Lors de sa venue à Maurepas le 16 février pour la politique de la ville et le logement, François Hollande a semble-t-il levé les yeux vers ces grandes lettres noires majuscules. Qu’a-t-il pensé en les lisant ? Ne savait-il pas que si elles sont revenues une première fois elle reviendraient une troisième ? Que lorsque seuls les mots restent, nous museler est une insulte à nos morts et à notre dignité ?

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Il est des types de personnes qu’ils veulent rendre invisibles

Les victimes des violences et des crimes policiers en font partie, mais chaque jour encore nous lutterons en leur mémoire. Nous brandirons leurs portraits, nous scanderons leurs noms, et nous n’oublierons pas. Non, nous n’oublierons pas.

Invisibilisez-nous et nous crierons plus fort

« Un jour viendra où notre silence sera plus puissant
que les voix que vous étranglez aujourd’hui »
Dernières paroles d’Augustin Spies,
1er mai 1886

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Nous, Awa et le Collectif Justice pour Babacar, avons organisé une marche commémorative pour les 1 ans du meurtre de Babacar Gueye par un agent de la BAC le 3 décembre 2015 à Rennes.

Cette marche a eu lieu notamment grâce à l’énergie et à l’aide matérielle apportée par des collectifs proches de familles de crimes policiers, par des organisations locales et par toutes les personnes qui nous ont aidé individuellement. (1)

Trois heures durant nous avons marché dans le froid, de Maurepas, où Babacar a été tué, jusqu’au Mail François Mitterrand. Nous étions environ 400 accompagnés de gens de Paris, Nantes, Lille et Strasbourg.

Les frères et soeurs Ramata Dieng (Lamine, 2007), Amal Bentousi (Amine 2010), Abderamane Camara (Abdoulaye 2014), Assa Traoré (Adama 2016) ont crié avec nous pour crier leur colère et réclamer justice et vérité pour Babacar et pour leurs frères.

Contre toute attente en ce week-end de Transmusicales, de Téléthon et d’achats de noël, la marche avait été autorisée. Sans surprise, le trajet que nous avions proposé n’avait pas été accepté. Pour la préfecture, c’était à prendre ou à laisser. La raison officielle ? le Téléthon. La raison officieuse: la manifestation des policiers en colère à la Préfecture de Région où nous comptions justement faire une halte.

Les policiers réclament plus de justice, mais la préfecture de Rennes n’est visiblement pas pour la convergence des luttes. Son objectif est clair: nous invisibiliser, au vu de l’absurdité du trajet qui nous a été imposé et des cordons de CRS à chaque carrefour qui nous bloquaient l’accès au centre ville pour nous empêcher d’être vus ou entendus. Nous sommes donc passés par des axes et rues désertées, criant le nom de Babacar et dénonçant l’impunité policère.

Nous sommes aujourd’hui en colère, encore plus, car ce changement de trajet et la présence des forces de l’ordre nous a brimés et est une insulte à la mémoire de Babacar et à la peine de ses proches. Le manque de considération pour la douleur qui nous habite depuis 1 an en dit long sur leur intention de nous contraindre dans cette bataille qui avait débuté 1 an jour pour jour le jour de la marche.

Après 1 mois de diffusion de tracts, de collage d’affiches, de discussions avec les habitants des différents quartiers de Rennes, d’échanges avec les organisations et collectifs, nous savons que ceux qui ont pris il y a 1 an la juste mesure des choses, ceux pour qui la vie humaine compte sans condition, ceux que l’injustice révolte, ceux qui subissent la discrimination au quotidien, sont toujours scandalisés par les conditions de la mort de Babacar. Hier c’était lui, demain ce sera qui?

(1) Mille fois merci à Cases Rebelles pour les affiches et leur soutien moral, Ferguson in Paris pour le car de Paris la coordination et leur soutien logistique, Vies Volées pour son combat nourricier, Zinzin Zine pour la communication, ainsi que des organisations locales comme le NPA pour la déclaration de la marche, Solidaires et Carpes pour la diffusion de tracts, le SLB et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes pour les banderoles et la cantine, Mass Prod pour les badges…

Marche commémorative, 1 an, 3 décembre 2016

Publié le 7 octobre 2016 par Zinzin Zine

Meurtres policiers racistes et psychophobes : Marche pour Babacar Gueye le 3 décembre à Rennes.

Meurtres policiers racistes et psychophobes : Marche pour Babacar Gueye le 3 décembre à Rennes.

[Contenu sensible : meurtres policiers racistes et validistes (psychophobes)]

Nous relayons l’appel au rassemblement le Samedi 3 décembre à 14h à Rennes du Collectif Justice pour Babacar Gueye :

« Le 3 décembre 2015 à Rennes, Babacar Gueye a été tué par la police qui lui a tiré 5 balles dans le haut du corps, dont 2 mortelles au niveau du thorax. La police est intervenue alors que Babacar était en situation de détresse psychologique et que son ami avait appelé les secours pour avoir de l’aide. La famille s’est portée partie civile et a porté plainte pour HOMICIDE VOLONTAIRE auprès du procureur de la République à Rennes. Près d’1 an plus tard, un non-lieu a été prononcé pour les policiers et le dossier semble bloqué. STOP AUX VIOLENCES POLICIERES! NOUS EXIGEONS LA VERITE ET LA JUSTICE POUR BABACAR GUEYE! » Un départ groupé est prévu depuis Paris. (Pour plus d’info retrouver le blog du collectif de soutien ici, et leur page facebook ).

Plus récemment, le 22 septembre dernier, à Bézier, un homme noir de 46 ans (dont le nom n’a pas été divulgué) a été tué par la police, alors que visiblement il était aussi en pleine détresse psychologique.

Le caractère raciste, classiste et validiste (ici psychophobe) de ces meurtres est indéniable.

Et nous voudrions insister sur le caractère validiste des violences policières en général, car si en France, l’état refuse de divulguer les données précises et chiffrées concernant ces violences, les chiffres étasuniens sont accablant, puisqu’en 2015 le journal USA Today par exemple rapportait une étude estimant que : « les personnes malades mentales ont 16 fois plus de risques d’être tuées par la police », et on estime également que plus de la moitié des personnes tuées par la police sont des personnes handicapé·e·s. Ceci n’enlève rien au caractère profondément raciste et classiste des violences policières en général, puisque parmi ces victimes handicapé·e·s beaucoup sont aussi des personnes racisé·e·s et/ou pauvres.

Autour de nous, combien de personnes handicapé·e·s et/ou psychiatrisé·e·s sont tué·e·s chaque années par la police sans même que leur meurtre n’accède à la rubrique « faits divers » des journaux ? Comme beaucoup de psychiatrisé·e·s qui traversent parfois des états de conscience hors-normes, les contributriceurs de Zinzin Zine ont trop souvent eu à subir la violence des « forces de l’ordre ». Pour la police, les coups de taser semblent être devenue la norme de la « prise en charge » des personnes en grande détresse psychologique. En 2015, après l’une de ces « interventions » policières, l’une d’entre nous a failli ne jamais se relever. Chiffrée ou non, la dimension validiste des violences policières est pour nous une réalité et une menace qui plane lourdement sur nos vies.

Visibilisons et luttons contre les violences faites aux personnes psychiatrisé.e.s, et à tou.te.s les personnes handicapé.e.s!

Marchons pour Babacar Gueye et toutes les autres victimes de crimes et de violences policères!

Notre solidarité à TOUTES les victimes de violences policières et à leurs proches!

Zinzin Zine

La mort de Babacar n’est pas un fait divers

L’article suivant est extrait du journal rennais papier Gargarismes numéro 6. Les journaux sont disponibles en ligne quelques mois après leur parution.

 Selon le Larousse, un fait divers est un « événement sans portée générale qui appartient à la vie quotidienne ».

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, Babacar Gueye a été tué par la police.

Les citoyen.ne.s doivent-ils/elles avoir peur de la police ?

La question évidemment, est posée depuis longtemps, et après lecture de travaux de recherches et d’enquêtes sur le sujet1 j’aurais plutôt tendance à répondre oui. Et puis même sans lire, ces temps-ci, il suffit d’aller en manifestation pour éprouver de la peur vis à vis des policier.e.s, arrosant l’atmosphère avec leurs lacrymos, tenant en joue et tirant avec leurs flashball à des distances bien peu réglementaires.

Pourtant, le/la citoyen.ne « ordinaire » peine à répondre à cette question. En effet, dans les discours officiels, la police est théoriquement là pour nous protéger, et depuis les attentats de janvier et novembre 2015, elle a, comme l’armée, redoré son blason, suscitant de véritables vocations. Il faudrait alors préciser la question, pour se demander si tou.t.e.s les citoyen.ne.s doivent avoir peur de la police ? Justement, le/la citoyen.ne que j’appelle ici « ordinaire » c’est celui/celle qui est peu confronté à la police autrement que dans les discours. Il/elle n’habite pas dans ce qu’on nomme « les quartiers » avec un air entendu pour souligner que « c’est chaud ». Il/elle ne subit pas de contrôles d’identités ou de harcèlements quotidiens lié à son apparence. Lorsqu’il/elle est victime d’un abus, sûr de son bon droit, il/elle fait appel à la justice pour réparer le préjudice subit2.

Cette citoyenne ordinaire c’est un peu moi. En dehors de manifestations ou d’actions, mes interactions avec des policier.e.s sont au nombre de deux, pour de simples contrôles d’identités. J’étais alors en compagnie de personnes étrangères ou de SDF. C’est tout. Etre considérée comme « ordinaire » par la police, ce n’est pas un choix, mais c’est plutôt une chance.

Mais la réalité, on ne la vit pas tou.t.e.s de la même façon. Babacar Gueye était jeune, il a pété un câble, il était à Maurepas, il était noir. Ce qui aurait dû relever au pire d’une hospitalisation temporaire s’est terminé en homicide3. Un homme en pleine crise de folie, en possession d’un couteau car en train de s’automutiler, tué de cinq balles dans le corps, alors que l’intervention avait pour but de le protéger de lui-même.

A Rennes, l’annonce des circonstances de sa mort a suscité colère et incompréhension parmi ses ami.e.s. Deux marches ont été organisées, une plainte pour homicide volontaire a été déposée par la famille et un comité de soutien s’est créé. Deux questions reviennent en boucle : est-ce que ça aurait pu être évité ? Est-ce que justice sera rendue ?

Pourquoi les policier.e.s sont-ils intervenus.e. ?

Dans la nuit du 2 au 3 décembre, Babacar Gueye, sénégalais, 27 ans, dormait chez un ami dans le quartier de Maurepas à Rennes. Au cours de la nuit, il s’est réveillé, pris d’une crise d’angoisse. Son ami est venu le calmer. Puis il s’est à nouveau réveillé, et il est allé chercher un couteau à steak avec lequel il s’est auto-mutilé. Cet ami a appelé les pompiers au secours, puis a essayé de le maîtriser sans y parvenir, et se faisant il a été blessé. « Quelques minutes plus tard, une voiture de sapeurs, une ambulance, une voiture de la police nationale et un véhicule de la BAC arrivent en bas de l’immeuble. En voyant les gyrophares par la fenêtre, Babacar panique et crie, puis une dizaine de policiers arrive devant l’appartement. L’un d’entre eux sort un Taser qui s’enraille une première fois. La deuxième fois, le coup part dans une porte. Babacar reçoit ensuite une première balle dans l’aine, puis 4 autres dans le haut du corps: 2 dans le bras, 2 dans le thorax, ces 2 dernières étant à l’origine du décès. Quand les secours (pompiers et SAMU) arrivent pour le réanimer, il est au sol, encore vivant et menotté. Il décède 1h plus tard sur place, vers 5h45.4 »

On peut en premier lieu s’interroger sur la présence des policier.e.s alors que l’appel a été passé aux pompier.e.s. Voici la réponse officielle des sapeurs pompiers du 35 : « Les forces de l’ordre sont informées de nos interventions. La demande de renfort des forces de l’ordre, police nationale ou gendarmerie, n’est pas systématique lors de l’intervention des sapeurs pompiers. Elle intervient dès lors que la notion d’atteinte à l’intégrité physique d’un individu apparait et se fait dans le cadre d’un travail inter-service. »

Les pompier.e.s ont donc présumé que Babacar Gueye était dangereux, soit pour son ami, soit pour les pompiers qui allaient intervenir. Pourtant l’appel passé par son ami visait uniquement à protéger Babacar Gueye de lui-même… Mais au lieu de soignant.e.s, c’est la police et la BAC5 qui sont arrivées. Qu’est ce que cela a provoqué ?

Du côté de ce qu’a perçu Babacar Gueye, on n’aura jamais de réponse. On peut au moins émettre l’hypothèse que la présence de policier.e.s en uniforme, essayant de l’interpeller alors qu’il délirait (et donc ne percevait peut-être pas les ordres), puis essayant de le taser, l’aura moins calmé qu’affolé6

Du côté des policier.e.s, on sait seulement par voie de presse, qu’il a été perçu comme « particulièrement agressif ». La légitime défense a été invoquée. Rappelons que celle-ci est caractérisée si trois conditions sont réunies : si elle répond à une agression « injustifiée », c’est-à-dire non conforme au droit, si elle a lieu dans le même temps (et non en représailles par exemple), si elle est proportionnelle à l’agression subie»7.

Un drame, oui, pas un hasard.

Sans présumer de la perception des policier.e.s pour ne pas risquer la diffamation, on peut cependant souligner que Babacar Gueye appartenait aux trois catégories significatives des victimes8 de violences policières selon le rapport de l’ACAT : étranger, jeune et sur le moment atteint de troubles psychiques.

En effet selon ce rapport, les « étrangers et minorités visibles » sont les premières victimes de violences policières, notamment en cas de décès. Sur 26 décès étudiés par l’organisme, 22 appartenaient à cette catégorie. Parmi les 89 victimes de violences, 34 ont moins de 25 ans et les ¾ ont moins de 35 ans. Par ailleurs, « au lieu d’être perçue comme facteur de vulnérabilité, la maladie mentale semble parfois être perçue comme un facteur d’agressivité, contre lequel l’usage de la force est démultiplié. ». C’est pourquoi parmi les victimes de violences policières, on trouve dans de nombreux cas des personnes présentant des troubles psychiques.

Par ailleurs, Babacar Gueye était hébergé à Maurepas, « quartier prioritaire »9 « caractérisées par la présence de grands ensembles ou de quartiers d’habitat dégradé et par un déséquilibre accentué entre l’habitat et l’emploi 10», ce qui laisse supposer une plus forte présence policière11. Selon une habitante de Maurepas, la BAC était très présente à cette période, peu après les attentats de Paris (13 novembre 2015) et le début de l’état d’urgence12.

Pour expliquer l’importance de ces deux éléments (intervention à Maurepas, par la BAC), on peut évoquer les analyses que tire Didier Fassin13 de son observation d’un commissariat et notamment d’une BAC en région parisienne pendant deux ans. Le visionnage du très racoleur reportage « Violences et trafics, la BAC de Rennes sous tension14 » nous laisse à penser que ses observations sont valables au moins en partie dans la ville de Rennes.

Voilà un condensé des analyses de l’auteur : la BAC est une police spéciale d’intervention, avec des volontaires qui rêvent « d’action ». Leurs interventions sont plus « rugueuses et provocatrices » (sic). Elle intervient majoritairement dans les « quartiers prioritaires ». Ses membres se les représentent comme des territoires en guerre, peuplés de sauvages qu’il faudrait prendre en chasse. Cependant comme c’est plutôt l’inaction qui est le quotidien, cela provoque deux choses : les policiers harcèlent les populations pour faire du flagrant délit, et interviennent de façon disproportionné car le moindre événement prend une « dimension extraordinaire ».

Ces éléments ne nous permettent pas de savoir ce qu’il s’est passé mais de définir un contexte, qui pour moi a une grande importance.

Reconnaître que la mort de Babacar Gueye n’est pas juste un hasard mais aussi la conséquence de phénomènes sociaux, ce n’est pas dire que c’était son destin, ou l’accepter. Son absence laisse un grand vide dans la vie de ceux et celles qui l’aimaient et la façon dont il est mort, une incrédulité totale et une révolte grandissante.

A présent, le combat pour que justice soit faite commence, sans illusion toutefois, après que l’affaire ait été présentée majoritairement comme un fait divers anodin où un « forcené » se fait tuer de plein droit par la police15.

« La police assassine, la justice acquitte. »

C’est un slogan qu’on a pu entendre lors de la relaxe du policier qui a tué Amine Bentounsi. La répulsion de la justice à condamner des policiers n’est pas nouvelle mais le contexte semble accentuer cette tendance lourde16. Pour preuve cet extrait d’un communiqué de l’intercollectif Légitime Défiance annonçant une marche qui a eu lieu le 19 mars 2015 contre l’impunité policière  :

« Depuis la mise en place de l’état d’urgence, deux non-lieux ont déjà été prononcés dans les affaires d’Amadou Koumé (mort par étranglement le 6 mars 2015 dans un fourgon de police à Paris 10ème), et d’Hocine Bouras (mort d’une balle dans la tête alors qu’il était menotté dans un fourgon de police le 26 août 2014 à Colmar). Après 6 ans de procédures judiciaires, la Cour de Cassation vient aussi de prononcer un non-lieu définitif dans l’affaire Ali Ziri (mort suite à son interpellation le 11 juin 2009 à Argenteuil). Police partout, justice nulle part. Le 15 janvier 2016, Damien Saboundjian, le policier qui a tué d’une balle dans le dos Amine Bentounsi est relaxé. Dans la continuité de sa politique répressive, ce verdict appuie la volonté du gouvernement de légaliser le permis de tuer pour les policiers. A défaut de créer la présomption de légitime défense, historiquement réclamée par l’extrême-droite et les syndicats de police, le projet de loi dit de simplification de la procédure pénale introduit l’« état de nécessité », qui autorise un policier à tirer sur une personne présumée dangereuse même s’il n’est pas directement menacé. Ce projet renforce les pouvoirs de police au détriment de la justice, et pendant l’Etat d’urgence le port d’arme en dehors du service est même autorisé pour les policiers 17 . »

Le contexte social et politique va dans le sens d’une impunité18 policière toujours plus grande. Il me faudrait tout décrire pour être précise. Mais un article c’est trop court. Comment traiter un sujet si complexe et si douloureux ? Et quel est son but, décrire une réalité morbide, ou donner de l’espoir ? Personne n’a de solution ou de réponses, il n’y a que des tentatives multiples pour changer la réalité. Le combat pour que justice soit faite en est une. Il ne s’agit pas d’avoir foi en une justice loyale mais de refuser que pour l’Etat et ses agents, il existe un droit de tuer. La mort de Babacar Gueye n’est pas un fait divers.

M.

1 Voir les références bibliographiques dans l’encart

2 Lire les explications de Didier Fassin sous le paragraphe intitulé: «la banalité des provocations policières »

3 L’homicide est l’action de tuer quelqu’un.e. Le meurtre est un homicide volontaire. On utilisera le mot « homicide » et non « meurtre » pour éviter la diffamation.

4 Plus d’informations sur le site Vérité et Justice pour Babacar Gueye (adresse dans l’encart)

5 BAC :brigade anti-criminalité

6 On peut préciser qu’il était sans titre séjour et donc sous la menace permanente d’une expulsion de la France

7 « n’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou d’autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens de défense et la gravité de l’atteinte »

8 Une victime est une personne ou une entité qui subit personnellement soit un dommage, un abus, un préjudice moral. Ce n’est donc pas forcément une personne décédée.

9 « quartier prioritaire de la politique de la ville » a remplacé en 2015 Zone Urbaine Sensible. A Rennes : Cleunay, Le Blosne, Les Champs Manceaux, Les Cloteaux , Villejean

11 Voir le chapitre « situation » dans le livre de Didier Fassin (voir encart) pour toute cette partie

12 Décrété le 14 novembre 2015, il a été prolongé par deux fois. Il doit prendre fin le 26 mai 2016…

13 cf. biblio. Comme dit dans le rapport de l’ACAT mais aussi dans les autres livres cités , les victimes principales de violences policières sont des personnes étrangères ou « racisées » (perçues comme telles), c’est l’élément principal à prendre en compte. Les autres éléments sont importants mais moins systématiques.

14 Sans nier qu’il y a comme partout des problèmes, le fait que la dalle de kennedy soit perçue par la BAC comme un endroit « très chaud », peut interloquer les habitant.e.s de villejean

15 Sur le traitement médiatique de l’affaire, télécharger et écouter l’analyse d’Acrimed 35 dans l’émission #74 du Plan B sur la radio Canal B

16 Mogniss H. Abdallah (cf. biblio), rappelle que même s’il elles sont une exception, il y a eu parfois des peines prononcées.

17 Pour une explication du « permis de tuer », voir : Police : le permis de peur d’arme, de Célian Macé et Willy Le Devin.

18 Impunité signifie qu’il n’y a pas de sanction.

Pour aller plus loin :

  • Ouvrage collectif, Permis de tuer. Chronique de l’impunité policière. Edition Syllepse, 2014
  • Six histoires de luttes récentes pour la justice et la vérité racontées par les proches de personnes mortes entre les mains de la police.
  • Didier Fassin, La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers. Editions du seuil, 2011
  • Mogniss H. Abdallah. Rengainez, on arrive ! Chroniques des luttes contre les crimes racistes ou sécuritaires. Contre la hagra policière et judiciaire des années 1970 à aujourd’hui. Editions Libertalia, 2012
  • Le rapport « L’ordre et la force » de l’ACAT (ONG chrétienne contre la torture et la peine de mort) 2016
  • Comité Vérité et justice pour Babacar Gueye

  • Comité Urgence notre police assassine

Pétition de l’ACAT pour plus de transparence sur les violences policières

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Rapport de l’ACAT L’Ordre et la Force, 14 mars 2016

   Signez la pétition

Bernard Cazeneuve
Ministre de l’Intérieur

Monsieur le ministre

Je vous demande de publier régulièrement les chiffres concernant :

  • L’utilisation des armes par les forces de l’ordre, et les circonstances dans lesquelles elles sont utilisées,
  • Le nombre de personnes blessées ou tuées chaque année au cours d’interventions des forces de l’ordre,
  • Le nombre de  plaintes déposées pour violences policières,
  • Le nombre et le type de  sanctions disciplinaires ou de condamnations judiciaires  prononcées pour des faits de violences policières.