Retour sur les faits

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crédit photo: Polistitution

 

Dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, les pompiers sont appelés, la police arrive

Babacar Gueye, sénégalais, 27 ans, sans papiers, passe la soirée chez des amis à Maurepas à Rennes, quartier classé en Zone Urbaine Sensible (ZUS). Tout se passe tranquillement bien que Babacar semble extrêmement troublé. Il demande à rester dormir, mais vers 4h du matin, il se réveille, chante et crie en wolof en exécutant des petits pas de danse. Son ami vient le calmer et retourne se coucher. Quinze minutes plus tard, Babacar se réveille à nouveau et prend un petit couteau de cuisine avec lequel il s’auto-mutile légèrement tout en tenant des propos incohérents. Son ami appelle les pompiers au secours et, pendant l’appel, tente de le convaincre de poser le couteau sans y parvenir. Se faisant, il est blessé au bras d’un coup de lame.

Quelques minutes plus tard, une voiture de sapeurs, une ambulance, une voiture de la police nationale et un véhicule de la BAC arrivent en bas de l’immeuble. En voyant les gyrophares par la fenêtre, Babacar panique et crie, puis une dizaine de policiers arrive devant l’appartement. L’un d’entre eux sort un Taser qui s’enraille une première fois. La deuxième fois, le coup part dans une porte. Babacar reçoit ensuite une première balle dans l’aine, puis 4 autres dans le haut du corps: 2 dans le bras, 2 dans le thorax, ces 2 dernières étant à l’origine du décès. Quand les secours (pompiers et SAMU) arrivent pour le réanimer, il est au sol, encore vivant et menotté. Il décède 1h plus tard sur place, vers 5h45. Voici la version de l’ami qui l’hébergeait :

« Les policiers sont entrés. Ils ont dit à Babacar de poser le couteau, qu’ils voulaient lui parler. Babacar ne comprenait pas très bien le français, il répétait « Pourquoi ? Pourquoi ? » Sa voix était très rauque, comme s’il avait soif »

« Un policier a sorti un Taser. On m’a dit de me pousser. Un des policiers a chargé le Taser, ça faisait comme le bruit d’un réveil qu’on remonte. Soudain, j’ai entendu : « Merde ! Ça marche pas ! » »

« Babacar a fait deux pas. Le policier qui avait tiré au Taser s’est retranché dans les toilettes. Les autres ont reculé sur le palier. Babacar est sorti sur le palier à son tour. »

« Deux policiers ont reculé dans les étages. Babacar s’est avancé jusqu’à la porte du voisin d’en face. Il était effrayé et effrayant. Les policiers étaient paniqués. D’autres policiers, qui étaient restés dans l’escalier descendant, ont sorti des matraques. Mais ils se sont empêtrés et n’ont pas pu les utiliser correctement. Dans l’escalier montant vers le 8e étage, un policier a sorti son pistolet. »

« Il a ordonné plusieurs fois à Babacar de s’arrêter. Babacar répétait : “Pourquoi ?” Le policier a tiré. Babacar a crié. J’ai cru voir qu’il avait été touché dans le haut de la cuisse. »

La police explique que les fonctionnaires ont tiré une première balle pour empêcher Babacar de blesser une seconde fois son ami, ce que ce dernier réfute.

« Babacar m’a regardé. J’ai dit : “Ces gens sont là pour t’aider. Pose le couteau”. Il m’a répondu : “On m’accuse mais je n’y suis pour rien !” Puis il est monté. Il avait le couteau baissé, au niveau des hanches. Il boitait. Dix secondes plus tard, j’ai entendu quatre autres coups de feu. »

Le soir du 8 décembre 2015,

premier rassemblement à Maurepas

Spontanément, ses amis décident d’organiser une premier rassemblement au centre commercial du Gast à Maurepas pour lui rendre hommage avec des témoignages, des bougies, des chants gospel, des bulles de savon, et organiser la marche silencieuse du samedi 12 décembre. Environ 70 personnes étaient présentes.

Le 12 décembre 2015, rapatriement du corps à Dakar et marche silencieuse 

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crédit photo: Sagarroi

Samedi 12 décembre 2015, à midi, environ 300 personnes se réunissent à nouveau devant le centre commercial du Gast à Maurepas, avant d’entamer la marche silencieuse.

Des témoignages et des prises de paroles ouvrent et bouclent la marche qui s’acheve place de la Mairie, juste avant la manifestation de soutien aux sans-papiers  qui débute à 15h.

Quelques jours plus tôt, un appel à dons avait été lancé pour aider la famille à rapatrier le corps au Sénégal.

Plus de photos ici, et un reportage de France 3 Régions .

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crédit photo: Sagarroi

 Le 10 décembre, le consulat du Sénégal appelle les sénégalais à ne pas participer à la marche

Dans une lettre adressée aux « Sénégalais de Rennes et des environs», le consul du Sénégal à Paris écrit :

« Les autorités compétentes au Sénégal et en France demandent aux Sénégalais (…) de ne point participer à une marche encore moins de s’épancher dans les médias. »

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